Vlaho Bukovac, Le rêve de Gundulić (1894). L’arrivée du peintre de formation parisienne Vlaho Bukovac (1855-1922) à Zagreb en 1893 marque un tournant décisif dans l’art pictural croate; son colorisme vigoureux inspire plusieurs jeunes artistes (École coloriste de Zagreb) qui constituent le groupe des peintres de la Sécession croate, et se développe avec d’autres artistes, tel Menci Klement Crnčić ou encore Emanuel Vidović.

La culture

Les beaux-arts

Les œuvres héritées des siècles les plus anciens témoignent de la succession des styles et de la continuité dans la création et le talent des hommes sous ces latitudes, assurant au patrimoine artistique et architectural croate la place de composante à part entière au sein de la création mondiale.

L’art préroman (deuxième moitié du viie siècle - fin du xe siècle). Les influences confondues de l’antiquité tardive et des sphères culturelles occidentale et byzantine favorisent la construction de petites églises préromanes aux plans variés. Les types les plus répandus sont les églises à plan central, voûtées ou coiffées de petites coupoles, ainsi que les petites églises longitudinales, mais plusieurs églises aux dimensions plus imposantes sont également bâties (à Knin, Biograd-na-Moru, Solin) pour les besoins des souverains ou autres hauts dignitaires croates. Les ornements sculptés du mobilier liturgique présentent entre le ixe et le xie siècle de riches motifs d’entrelacs accompagnés de symboles chrétiens, et de nombreux chancels portent mention des noms des souverains croates (Višeslav, Trpimir, Branimir, Mutimir, Držislav). Les armes et les bijoux découverts dans les tombeaux sont, pour les plus anciens, de provenance byzantine, mais trahissent par la suite la facture des maîtres d’art du cru.

L’église Sainte-Croix de Nin (ixe s.) à plan cruciforme et coiffée d’une coupole; elle est considérée comme la plus petite cathédrale du monde
L’église Saint-Donat de Zadar (ixe s.), avec à l’arrière-plan le clocher de la cathédrale Sainte-Anastasie, trace un trait d’union entre les influences carolingienne et byzantine. Érigée sur le forum antique, elle possède la deuxième plus haute rotonde d’Europe (27 mètres) après celle d’Aix-la-Chapelle.
Saint-Sauveur (ixe s.) à la source de la Cetina, édifice à nef unique et abside trilobée; sa façade occidentale est dominée par un clocher-porche carolingien. Cette église a été bâtie à l’initiative du joupan Gostih.
Le campanile Sainte-Marie à Zadar, premier exemple de l’art roman dans sa maturité, fut érigé à la demande du roi Coloman hungaro-croate (1105)
La composition de cette plaque de chancel, l’une des deux conservées en l’église Saint-Dominique de Zadar, présente un cycle de scènes bibliques
Saint-Martin (xie s.), dans la localité de Sveti Lovreč en Istrie, est une basilique à trois nefs munie d’un vaste chœur et de trois absides creusées de niches peu profondes

L’art roman (xie siècle - milieu du xiiie siècle). Les diverses écoles d’art roman connaissent des évolutions différentes d’une région à l’autre (la Dalmatie et l’Istrie rénovent ou bâtissent activement remparts et fortifications, érigent églises, hôtels de ville et loges municipales; les régions septentrionales construisent moins), mais aussi au niveau des multiples influences extérieures qu’elles connaissent (Lombardie, Apulie, Venise, Byzance) ou encore du patrimoine antique et préroman qui les entoure. À partir de la deuxième moitié du xie siècle, l’architecture voit se répandre les églises romanes de type basilical à trois nefs dotées d’absides, et les cathédrales paléochrétiennes sont presque toutes remaniées (Krk, Rab, Zadar, Dubrovnik), de même que les églises conventuelles (Saint-Chrysogone de Zadar, 1175). Clochers et campaniles comptent parmi les réalisations les plus monumentales de l’architecture romane. La sculpture romane primitive redécouvre la figure humaine au xie siècle (figure d’un souverain croate du baptistère de Split; plaques de chancel de l’église Saint-Dominique de Zadar), et à partir du xiiie siècle se développe un sens profond de la plasticité qui s’exprime dans les vantaux de bois de la porte principale de la cathédrale de Split et dans le somptueux portail de la cathédrale de Trogir, dû au maître Radovan. La cathédrale de Split (xiiie siècle) recèle les plus anciennes stalles du monde. Il demeure quelques vestiges fragmentaires des fresques de l’époque (Ston, Srima, Zadar, Peroj, Dubrovnik). Les miniatures des codex sont réalisées dans les scriptoria de Dalmatie (Osor, Zadar, Šibenik, Split) et à Zagreb. L’orfèvrerie occupe une place privilégiée dans l’art roman (croix, reliquaires, autels portatifs, crucifix).

Portail de la cathédrale Saint-Laurent de Trogir (bâtie entre le xiiie et le xvie siècle), œuvre du maître Radovan en 1240
La fresque représentant le souverain-donateur de l’église Saint-Michel près de Ston (v. 1080) est réalisée dans l’esprit de la peinture bénédictine
Blaž Jurjev Trogiranin (Blaise de Trogir, 1395-1449), le plus illustre représentant de l’école dalmate de peinture gothique tardive (polyptyque, collection d’art sacré Saint-Jean-Baptiste de Trogir
Exécutés en 1214, les vantaux de la cathédrale de Split, l’un des rares exemplaires encore conservés de portails de l’époque, sont l’œuvre d’Andrija Buvina
La cathédrale Saint-Jacques de Šibenik (xve-xvie s.). Reprenant les travaux de construction entamés, Georges le Dalmate dote l’église gothique à triple nef d’un transept, couvre la croisée d’une coupole, ajoute trois absides semi-circulaires, un baptistère et une sacristie. La frise sculptée de 72 portraits, de facture réaliste dans le goût de la Renaissance primitive, est l’un de ses éléments décoratifs les plus remarquables. Chef d’œuvre architectural de la Renaissance, la cathédrale a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine mondial.
L’art de l’enluminure atteint ses sommets avec le missel glagolitique réalisé pour le duc (Herzeg) de Split Hrvoje Vukčić Hrvatinić par un maître local (entre 1403 et 1404)

L’art gothique (xiiie siècle - fin du xve siècle). L’art gothique pénètre en Croatie septentrionale au xiiie siècle, et ses éléments simples et typiques s’y maintiennent jusqu’au xvie siècle (églises de Lepoglava, Saint-Marc à Zagreb). En Dalmatie, les bâtisseurs s’inspirent à partir de la moitié du xve siècle de modèles puisés au gothique vénitien pour bâtir des églises, hôtels de ville, cloîtres, loges municipales et palais. Formé à Venise et situé aux confins des styles gothique et Renaissance, le bâtisseur et sculpteur Juraj Dalmatinac (Georges le Dalmate, début du xve siècle - 1573) est la figure la plus marquante de son époque; il travaillera en Italie (Ancône) ainsi que dans les cités de Dalmatie. Au contact des thèmes venus du Nord, la peinture en Istrie trouve ses plus belles réalisations dans les fresques de Pazin, Butoniga, Beram (Vincent de Kastav, deuxième moitié du xve siècle).

L’orfèvre italien Francesco da Milano (François de Milan) et ses collaborateurs zadarois achèvent en 1380 la châsse de saint Siméon (commande d’Elisabeth, reine de Hongrie et de Croatie)
Niché dans la région du Hrvatsko Zagorje, le château seigneurial de Veliki Tabor a été bâti au cours des xve et xvie siècles; il possède quatre grosses tours semi-circulaires Renaissance, reliées par deux étages de galeries à arcades donnant sur la cour intérieure
Lucijan Vranjanin, cour principale du palais ducal d’Urbino (1455-1480)

La Renaissance (milieu du xve siècle - xvie siècle). Devançant les autres pays d’Europe, la Croatie est la première à s’imprégner des influences de la Renaissance italienne. La Renaissance primitive atteint sa maturité avec la chapelle du Bienheureux Jean de Trogir que le sculpteur et constructeur Nicolas le Florentin réalise en collaboration avec Andrija Alesi. Cette chapelle possède également deux sculptures, saint Jean l’Évangéliste et saint Thomas, dues à Ivan Duknović (Jean de Dalmatie) artiste qui travaille essentiellement en Italie (il exécute en 1473 le sarcophage du pape Paul II pour l’église Saint-Pierre de Rome) et à la cour du roi de Hongrie Mathias Ier Corvin. Tandis que la République de Dubrovnik voit fleurir les résidences d’été de l’aristocratie locale, le nord-ouest de la Croatie, de Čakovec à Senj, se dote de nombreuses fortifications destinées à la défense contre les Ottomans; parmi les plus remarquables, figurent le château fortifié de Veliki Tabor (1505) et la ville fortifiée de Karlovac, conçue selon les critères de la « cité idéale » de la Renaissance (1579).

Julije Klović, Déploration du Christ (après 1550), Florence, Galerie Uffizi
La chapelle-tombeau du Bienheureux Jean de Trogir, sublime illustration de l’humanisme de la Renaissance primitive, a vu le jour entre 1468 et 1494.
Nikola Božidarević, Annonciation (1513), collection du monastère des dominicains de Dubrovnik
Franjo Vranjanin, Portrait d’une dame de la cour (1472-1474), New York, Frick Collection
Abraham sacrifie Isaac (vers 1715), œuvre de Federiko Benković conservée à la Galerie Strossmayer des Maîtres anciens à Zagreb
Anton Lerchinger, L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie (1772). Cette peinture se trouve en l’église Notre-Dame-de-Jérusalem.

La peinture Renaissance parvient à la plénitude dans les œuvres de Nikola Božidarević au début du xvie siècle. Cette époque voit nombre d’artistes croates travailler en Italie, où ils reçoivent le surnom de Schiavoni, parmi lesquels les plus célèbres sont Juraj Ćulinović, Andrija Medulić et Julije Klović (Giulio Clovio, 1498-1578) que ses contemporains déjà appelaient le Michel-Ange de la miniature, ou encore le sculpteur Franjo Vranjanin (Franciscus de Laurana), auteur de bustes de marbre de facture raffinée, et l’architecte Lucijan Vranjanin (Luciano de Laurana).

Crucifix (1740-1748) de Split (Poljud), œuvre du franciscain Fulgence Bakotić
L’église votive à nef unique Notre-Dame-de-Jérusalem à Trški Vrh, près de Krapina
Le saut de Stjepan Erdődy (1895), comte Dragutin (Karlo) Drašković, photographe amateur et pionnier de la photographie artistique en Croatie
L’église de bois Sainte-Barbara à Velika Mlaka, près de Zagreb (xviiie siècle)
Bâtie par des charpentiers du cru, son intérieur a été abondamment décoré par des peintres populaires
Ouvert en 1794 à Zagreb, Maksimir est l’un des premiers parcs publics d’Europe. D’une superficie de 316 hectares, il est classé monument naturel et culturel.

Le baroque (xviie-xviiie siècles). Le baroque croate s’épanouit dans l’architecture sacrée (église Sainte-Catherine de Zagreb, Sainte-Marie-des-Neiges à Belec, Notre-Dame-de-Jérusalem à Trški Vrh, Saint-Guy à Rijeka, église cathédrale Saint-Blaise à Dubrovnik) et publique (palais Vojković-Oršić-Rauch à Zagreb, palais Patačić à Varaždin; châteaux de Gornja Bedekovčina, Daruvar, Ilok; citadelle d’Osijek). La création de fresques en trompe-l’œil et décorations de stuc, mais aussi d’autels et statues est le plus souvent confiée à des maîtres étrangers, parmi lesquels les peintres les plus fameux de cette époque sont Ivan Krstitelj Ranger, Franc et Krištof Andrej Jelovšek. Parmi les maîtres croates, on distingue particulièrement Tripo Kokolja et Federiko Benković, qui travailla en Italie, en Autriche et en Allemagne.

Les Archives nationales de Croatie (ancienne Bibliothèque nationale et universitaire) à Zagreb, dessinées par Rudolf Lubynski, illustrent admirablement le style architectural de la Sécession viennoise (1910-1913)
Le Palais de la Bourse (Zagreb) de Viktor Kovačić (construction entamée en 1923, achevée en 1927 par son collaborateur Hugo Ehrlich)
L’édifice de l’association Napredak (Zagreb), conçu par Stjepan Planić (1936)
Tomislav Krizman, affiche pour Mary Delvard (vers 1907)
Le Pavillon de la Yougoslavie de l’Expo 58 de Bruxelles, construit par Vjenceslav Richter (1958)
La salle de concert « Vatroslav Lisinski » à Zagreb (1960–73), auteurs : Marijan Haberle, Minka Jurković et Tanja Zdvořak

Du néoclassicisme au modernisme (fin du xviiie siècle - fin du xixe siècle). L’architecture néoclassique trouve ses principaux commanditaires dans les familles de la noblesse (château Eltz à Vukovar, 1790), l’Église (parc Maksimir à Zagreb; église Sainte-Thérèse de Suhopolje, 1802-1807) et les autorités militaires (casernes François-Joseph d’Osijek). Dans la première moitié du xixe siècle, les goûts de la bourgeoisie se tournent vers le style Biedermeier, plus intime et plus modeste, quant aux objets utilitaires et de décoration, ils sont importés ou fabriqués en Croatie, dans les verreries, les manufactures de grès et les ateliers d’ameublement locaux. La peinture Biedermeier fait son apparition dans les années 1830, notamment par le truchement de peintres itinérants, et Vjekoslav Karas ouvre la voie de l’émancipation de son école croate. La deuxième moitié du xixe siècle voit triompher l’historicisme (cathédrale néo-romane de Đakovo, 1866-1882; urbanisation de la Ville Basse de Zagreb, 1887; cimetière de Mirogoj et édifice de l’école et du Musée des Arts décoratifs de Zagreb, 1891). La fin du xixe siècle marque les premiers pas de l’architecture balnéaire dans le Kvarner (hôtel Imperial, Opatija, 1885) et en Dalmatie. La Sécession viennoise se déploie dans les édifices de prestige dont se dotent Zagreb, Osijek et Split, ainsi que dans les sculptures d’Ivan Meštrović, mais aussi avec les affiches et les objets décoratifs de Tomislav Krizman.

Vlaho Bukovac, Le rêve de Gundulić (1894)
Emanuel Vidović, Angelus (1907)
Josip Račić, Devant le miroir (1908)

Les xxe et xxie siècles. Les idées du mouvement moderne dominent dans l’œuvre de Viktor Kovačić, qui prône la liberté de création et le droit à une expression artistique individuelle, et défend, face au fonctionnalisme de Drago Ibler et Stjepan Planić, figures de proue de l’école d’architecture de Zagreb dans l’entre-deux-guerres. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, nombreux sont les architectes, avec en particulier Marijan Haberle et Ivo Vitić, qui développent une expression personnelle à partir des postulats esthétiques de l’école de Zagreb. L’architecture de l’après-guerre se situe dans le courant du style international. Vjenceslav Richter dresse les projets des pavillons yougoslaves des expositions universelles de Bruxelles (1958) et de Milan (1964), tandis que Radovan Nikšić et Ninoslav Kučan signent des projets grandioses, dont les aménagements intérieurs sont dessinés par l’architecte Bernardo Bernardi, auteur de nombreux hôtels et objets de design industriel à l’esthétique exigeante. Les travaux de Zvonimir Krznarić, l’un des auteurs du Crématorium et de la nouvelle Bibliothèque nationale et universitaire de Zagreb, reflètent son inspiration postmoderniste. Nikola Bašić réalise plusieurs projets remarquables, témoignant de l’attention particulière qu’il consacre à la recherche architecturo-sculpturale dans l’espace.

Ljubo Babić, Drapeaux rouges (vers 1919)
Marino Tartaglia, Figure (1958)
Edo Murtić, Highway (1952)
Miljenko Stančić, Le peintre Karas (1953)
Emanuel Vidović, Angelus (1907)
Josip Seissel, Pafama (1922)

L’arrivée du peintre de formation parisienne Vlaho Bukovac (1855-1922) à Zagreb en 1893 marque un tournant décisif dans l’art pictural croate; son colorisme vigoureux inspire plusieurs jeunes artistes (École coloriste de Zagreb) qui constituent le groupe des peintres de la Sécession croate, et se développe avec d’autres artistes, tel Menci Klement Crnčić, peintre de plein air à la palette intensément colorée et précurseur de la gravure croate moderne, ou encore Emanuel Vidović. Étudiant à Munich, Josip Račić, Miroslav Kraljević, Vladimir Becić et Oskar Herman se réunissent au sein de la Kroatische Schule et façonnent leur expression picturale au moyen de puissantes tonalités. Le cours de l’évolution de l’expression picturale (depuis le cézannisme jusqu’au nouveau classicisme en passant par l’expressionnisme et le néoréalisme) traverse les œuvres de Ljubo Babić, dont les cycles visitent successivement divers styles, les créations de Zlatko Šulentić et celles de Marin Tartaglia, artiste qui ouvre les portes de la peinture croate aux courants d’avant-garde et poursuit sa voie avec les éléments issus du cubisme et du post-cubisme auxquels puisent les travaux du Groupe des quatre, composé d’artistes formés à Prague, avec notamment Vilko Gecan et Milivoj Uzelac. L’architecte et peintre Josip Seissel (pseudonyme Jo Klek) réalise en 1922 le premier tableau abstrait. Animés par une sensibilité de gauche, les membres du groupe Zemlja (La Terre, 1929-1935) prônent un art socialement engagé; leur principal idéologue, Krsto Hegedušić, contribue à l’essor de l’art naïf et plus particulièrement de l’école de Hlebine qui acquiert au milieu du xxe siècle une renommée internationale portée essentiellement par les peintres Ivan Generalić, Ivan Rabuzin et Ivan Lacković Croata.

Ivan Generalić, Le taureau rouge (1972)
Miroslav Šutej, Objet I (1968)
Julije Knifer, Méandre en angle (1961), Musée d’art contemporain de Zagreb
Ljubo Ivančić, Autoportrait au chevalet (1958)
Exat 51 exposé au Musée d’art contemporain de Zagreb
Ferdinand Kulmer, Structure de répétition 172 (1972)

Edo Murtić et Ferdinand Kulmer sont les premiers à s’aventurer dans les courants d’avant-garde européens et américains (abstraction lyrique, informel et expressionnisme abstrait). Le groupe EXAT 51 (1951-1956) explore l’abstraction géométrique, notamment avec les œuvres de ses chefs de file, Ivan Picelj et Vladimir Kristl. Fidèle à sa principale préoccupation, le méandre, Julije Knifer est proche de ces créateurs. Miljenko Stančić se situe dans la sphère de la peinture post-surréaliste, tandis que Josip Vaništa se tourne vers la figuration poétique. Engagé dans le mouvement artistique international de La Nouvelle tendance, Miroslav Šutej développe son langage plastique sur l’Op art, se jouant des frontières entre peinture, graphisme et sculpture. L’art conceptuel fait son entrée entre 1966 et 1978; nombre d’artistes réalisent happenings et performances, mettent en place des installations et utilisent les nouveaux médias. Plusieurs d’entre eux (Mladen Stilinović, Sanja Iveković, Željko Kipke, Goran Petercol) participent à partir de 1991 à la Biennale de Venise, à la Documenta de Kassel et à d’autres manifestations culturelles internationales majeures. De nombreux peintres et affichistes font surgir des styles spécifiques qui s’affirment dans l’illustration et la conception graphique de livres et d’affiches à l’aube du xxe siècle. La deuxième moitié du xxe siècle est marquée par les innovations graphiques, thématiques et iconographiques de Boris Ljubičić, Boris Bućan et Mirko Ilić. La tapisserie entre dans une nouvelle ère avec les travaux monumentaux de Jagoda Buić (1930).

Boris Ljubičić, Logo des VIIIe Jeux méditerranéens de Split (1979), adopté depuis par le CIJM
Mirko Ilić, Farce chauvine, (affiche, 1983)
Boris Bućan, L’Oiseau de feu et Petrouchka, (affiche, 1983)
Ivan Meštrović, Contemplation (1924)
Antun Augustinčić, Monument de la Paix, New York (1955)
Aleksandar Srnec, Objets lumino-cinétiques, Musée d’art contemporain de Zagreb

Les sculptures réalistes d’Ivan Rendić marquent le début de l’évolution de la sculpture croate moderne qui se poursuit avec Robert Frangeš-Mihanović puis avec l’animalier Branislav Dešković, inspiré par l’impressionnisme, pour culminer avec le grand Ivan Meštrović (1883-1962), auteur de nombreuses sculptures sur marbre, sur bois et de bronze, ainsi que de sculptures monumentales et monuments architecturaux dans lesquels s’expriment divers styles (de la Sécession à une conception des formes apparentée à celle de Bourdelle et Maillol, en passant par les influences antique, gothique et Renaissance). Les travaux des sculpteurs Antun Augustinčić et Vanja Radauš prônent le réalisme psychologique et aspirent à une dimension sociale. L’esprit nouveau trouve après 1950 ses représentants en la personne de Kosta Angeli Radovani et des sculpteurs d’expression abstraite Vojin Bakić, Dušan Džamonja et Ivan Kožarić, auteur d’une œuvre considérable et hétérogène. Aleksandar Srnec construit au début des années 1950 les premières structures lumino-cinétiques. Se situant aux confins de l’abstrait et du figuratif, Branko Ružić et Šime Vulas travaillent surtout sur bois. Les éléments d’inspiration du pop art exercent leur influence sur les travaux de Zvonimir Lončarić et Marija Ujević-Galetović. La jeune génération trouve une expression nouvelle, étayée sur la tradition, dans les formes abstraites libres et les associations ludiques, ainsi qu’en témoignent les créations de Peruško Bogdanić et Dalibor Stošić, ou encore les installations de Matko Mijić.

Ivan Kožarić, Soleil posé sur terre (1971)
Dušan Džamonja, Sculpture Alp-II (1975)
Vojin Bakić, monument dédié à Ivan Goran Kovačić (1964)

La bande dessinée

Comme dans le reste du monde, le développement de la bande dessinée en Croatie fut à l’origine lié aux caricatures publiées dans la presse satirique. Aussi Maks et Maksić, la première BD croate, parue en 1925, fut-elle largement inspirée des œuvres de l’Allemand Wilhelm Busch. Au milieu des années 1930, le succès des BD qui paraissent en épisodes dans les journaux sont le prélude à un âge d’or de la bande dessinée croate : plusieurs revues voient alors le jour à Zagreb, tandis que les journaux diffusent régulièrement des BD américaines et croates publiées en épisodes. S’impose alors un groupe de dessinateurs talentueux, parmi lesquels se trouvent Andrija Maurović, Walter Neugebauer et Ferdo Bis, ainsi que des scénaristes comme Krešimir Kovačić, Franjo Fuis et Norbert Neugebauer.

Dans les années 1950, le même groupe, désormais réuni autour de la revue Plavi vjesnik, connaîtra un deuxième âge d’or avec des illustrateurs comme Andrija Maurović, qui travaille à présent en couleurs (Bateau maudit, Fille de Sierra, Perle du mal, Méfie-toi du bras de Senj), mais également Walter Neugebauer, Žarko Beker, Zdenko Svirčić, Frano Gotovac, ou encore Julio Radilović Jules, le plus marquant des nouveaux dessinateurs. Parmi les scénaristes, les plus remarqués sont alors Rudi Aljinović et Marcel Čukli, sans oublier Zvonimir Furtinger, qui est l’auteur, avec J. R. Jules, de l’album À travers les siècles passés, devenu depuis un classique de la BD croate.

Andrija Maurović, Méfie-toi du bras de Senj
Julio Radilović, À travers les siècles passés
Edvin Biuković et Darko Macan, Grendel Tales

La bande dessinée humoristique et son dessin caricatural se développe notamment dans les œuvres de Julio Radilović Jules, Vladimir Delač, Borivoj Dovniković, Ivica Bednjanec et Otto Reisinger.

L’avènement de la troisième génération suscite dans la deuxième moitié des années 1970 un revirement esthétique, notamment dans les œuvres du groupe Nouveau carré, auquel appartiennent Mirko Ilić, Igor Kordej, Ninoslav Kunc, Joško Marušić, Krešimir Zimović et Radovan Devlić, le plus important de tous (Macchu Pichu, Cyrille et Méthode).

Par la suite, la BD croate continuera à développer les tendances graphiques du Nouveau carré (Danijel Žeželj) et le réalisme de la bande dessinée commerciale (Kordej, Edvin Biuković, Esad T. Ribić, Goran Sudžuka), mais en même temps apparaît la première BD underground croate entièrement du cru (Dubravko Mataković) ainsi que la première BD alternative (groupes Nouvel underground croate, Œil sauvage et Kamikazes). Plusieurs auteurs croates de bande dessinée parviennent à s’affirmer à l’étranger et à réaliser une carrière internationale (Ilić, Kordej, Biuković, Darko Macan, Sudžuka, Ribić).