Ivo Pogorelić (né en 1958) brille par le style très personnel de son interprétation du répertoire pianistique standard. Pogorelić est le premier artiste que l’UNESCO (1988) a nommé ambassadeur de bonne volonté.

La culture

La musique

La coexistence de deux pratiques interprétatives dans la musique sacrée croate constitue un phénomène unique dans le contexte culturel de l’Europe médiévale : en effet, outre le chant grégorien (en témoignent des manuscrits neumés conservés dans certains codex du xie siècle), la Dalmatie et l’Istrie développèrent à partir du ixe siècle le chant glagolitique, qui fut chanté tout d’abord en vieux slave, puis en croate, et s’est transmis oralement jusqu’à nos jours.

Dans les siècles qui suivent, la production musicale est dominée par les formes vocales, avec des compositeurs liés par leur activité ou leur origine aux régions littorales du pays. La Renaissance voit s’affirmer Julije Skjavetić de Šibenik, auteur de recueils de madrigaux et de motets. Le Baroque primitif marque l’âge d’or de la musique croate : Ivan Lukačić compose à Split, l’Italien Tomaso Cechinni à Hvar ; originaire de Rijeka, Vinko Jelić travaille à Strasbourg, où il publie plusieurs recueils de motets. Le Baroque tardif voit le chanteur et compositeur d’opéra Ivan Šibenčanin œuvrer en Angleterre et en Italie.

Avec son recueil de motets Sacrae cantiones, composés dans l’esprit du Baroque primitif, Ivan Lukačić (1587-1648) se hisse au plus haut niveau de la musique européenne de son temps
Parmi la dizaine d’orgues Renaissance et baroques sauvegardés jusqu’à nos jours, le mieux conservé est celui de l’église Sainte-Marie, à Lepoglava, datant de 1649
Vatroslav Lisinski (1819-1854), compositeur. Il donnera son nom à la plus grande salle de concert de Croatie, construite à Zagreb en 1973

La période du classicisme voit naître les premières grandes compositions de musique instrumentale. À Dubrovnik, Luka Sorkočević compose huit symphonies en trois mouvements dans le style préclassique, tandis que son fils Antun Sorkočević écrit de la musique de chambre, et la poétesse et peintre Jelena Pucić-Sorkočević figure avec ses airs pour voix seule parmi les premières compositrices croates. C’est à Split que vit et travaille Julije Bajamonti, médecin, esprit universel, organiste et auteur du premier oratorio croate, La translation de saint Domnius (1770), et d’un Requiem dédié à Ruđer Bošković (1787). Le facteur d’orgue Petar Nakić construit dans la première moitié du xviiie siècle une quinzaine d’instruments en Istrie et en Dalmatie, ainsi que quelque 300 orgues en Italie septentrionale. Le violoniste virtuose Ivan Jarnović acquiert une renommée mondiale : auteur d’une vingtaine de concertos pour violon, il est le premier à y insérer une romance en tant que mouvement lent.

L’opéra Nikola Šubić Zrinjski d’Ivan Zajc, au Théâtre national de Zagreb (1909)
La comtesse Dora Pejačević (1885-1923), première compositrice croate de renom ; elle offre à la musique croate son premier concerto pour piano (1913)
Franz Krežma (Franjo Krežma, 1862-1881), violoniste virtuose; il est âgé de 17 ans lorsqu’il devient premier violon de l’orchestre Bilse, actuelle Philharmonie de Berlin

Le xixe siècle voit le foyer de l’activité musicale se déplacer vers la Croatie septentrionale. Zagreb se dote en 1827 d’une société musicale, le Musikverein (actuel Hrvatski glazbeni zavod - HGZ), qui deviendra la plus ancienne institution musicale du pays, abritant de surcroît une riche bibliothèque musicale. Cette société ouvre la première salle de concert publique de Zagreb en 1876; en 1829, elle fonde l’école de musique qui sera promue Conservatoire en 1916 puis Académie de musique en 1922. Avec son Nocturne pour piano en fa dièse mineur, composé en 1822 dans l’esprit du haut romantisme, Ferdo Livadić figure avec le compositeur irlandais John Fields parmi les premiers auteurs à utiliser cette forme dans la musique européenne. Porté par l’essor du Mouvement illyrien et l’esprit des mouvements romantiques nationaux des autres peuples slaves, Vatroslav Lisinski signe en 1846 le premier opéra national, sous le titre Amour et méchanceté. La deuxième moitié du xixe siècle est marquée par les travaux d’Ivan Zajc, en tant que compositeur (c’est lui qui écrit l’opéra Nikola Šubić Zrinjski) et directeur de l’Opéra et de l’école de musique de Zagreb, ainsi que par ceux de Franjo Ksaver Kuhač, fondateur de l’historiographie musicale et de l’ethnomusicologie croates, qui collecta les airs populaires du pays. Le guitariste et compositeur Ivan Padovec, le violiniste Franjo Krežma, les chanteurs Ilma Murska, Matilda Mallinger (qui interpréta Eva lors de la première création des Maîtres chanteurs de Wagner à Munich en 1868), Josip Kašman (qui fut le premier Croate à se produire au Metropolitan Opera en 1883-1884) et Milka Trnina, sont autant d’artistes mondialement connus au xixe siècle.

Les Soirées baroques de Varaždin, en la cathédrale de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Lovro von Matačić (1899-1985). À partir du milieu des années 1950, il devient chef principal de la Staatskapelle de Dresde et de l’Opéra national de Berlin, puis directeur musical de l’Opéra de Francfort, invité permanent de l’Opéra national de Vienne et chef-invité auprès des orchestres et des théâtres d’opéra les plus prestigieux (Philharmonique de Montecarlo)
La plus grande chanteuse d’opéra croate de tous les temps : Milka Trnina (1863-1941) dans le rôle d’Iseult (R. Wagner, Tristan et Iseult). Elle se produisit sur les scènes d’opéra les plus prestigieuses (Munich, Bayreuth, Covent Garden de Londres, Metropolitan de New York).

Les premières décennies du xxe siècle sont dominées par le compositeur Blagoje Bersa, qui s’inscrit dans le modernisme musical (poème symphonique Champs ensoleillés). La génération des compositeurs réunis dans le courant « néo-national » trouve ses figures les plus marquantes en Josip Štolcer Slavenski (qui s’affirme à Donaueschingen en 1924), Krešimir Baranović (qui signe en 1924 le premier ballet moderne croate Cœur de pain d’épices, en croate Licitarsko srce), Jakov Gotovac (auteur du plus populaire des opéras croates : Ero de l’autre monde) et Fran Lhotka (Le Diable au village, le plus remarquable ballet croate). Avec une œuvre riche et puisant à des styles variés (Sinfonietta pour cordes), Boris Papandopulo jette un pont vers la deuxième moitié du xxe siècle et les dépositaires de l’avant-garde, dont les figures de proue sont Milko Kelemen (Transfigurations) et Ivo Malec (Cantate pour elle), et au nombre desquels se comptent également Stanko Horvat, Ruben Radica, Anđelko Klobučar, Dubravko Detoni, Igor Kuljerić. Au sein des compositeurs de la moyenne génération, on retiendra les noms de Marko Ruždjak, Frano Parać, Davorin Kempf et Ivo Josipović (actuel président de la République).

Zinka Kunc-Milanov (1906-1989) dans le rôle de Tosca (G. Puccini). Elle brille dans ses interprétations de rôles belcantistes ; de 1937 à 1966, elle sera prima donna du Metropolitan de New York.
La Biennale musicale de Zagreb, créée en 1961, est l’un des festivals internationaux de musique contemporaine les plus prestigieux et les plus anciens
Milko Kelemen (né en 1924), compositeur, fondateur de la Biennale musicale de Zagreb

Parmi les plus grands artistes croates du xxe siècle ayant accompli une carrière internationale citons les chefs d’orchestre Lovro von Matačić, Milan Horvat, Berislav Klobučar et Vjekoslav Šutej, le bassoniste Rudolf Klepač, le corniste Radovan Vlatković, le pianiste Ivo Pogorelić, les chanteurs Zinka Kunc-Milanov, Dragica Martinis, Tomislav Neralić, Vladimir Ruždjak, Marijana Radev, Sena Jurinac, Ljiljana Molnar-Talajić, Ruža Pospiš-Baldani et Dunja Vejzović. Zlatko Baloković, Tonko Ninić et Josip Klima sont les plus célèbres élèves de l’école de violon de Zagreb, fondée dans les années 1930 par Václav Huml dans le cadre de l’Académie de musique. Au sein de l’école de piano de Zagreb, le maître Svetislav Stančić forme de grands interprètes tels Melita Lorković, Darko Lukić, Ranko Filjak, Jurica Murai, Pavica Gvozdić et Vladimir Krpan, fondateur en 1987 de la section croate de l’Association européenne des professeurs de piano. L’enseignement du violoncelle se hisse à un degré d’excellence de niveau mondial sous la houlette du maître italien Antonio Janigro, qui est aussi le fondateur de l’ensemble des Solistes de Zagreb, ainsi que du compositeur Rudolf Matz et de Valter Dešpalj. Plus récemment, le violoncelle a trouvé des interprètes d’exception avec Monika Leskovar et le duo « 2 Cellos ».

Zagreb accueille plusieurs compétitions internationales, le Concours international de violon Václav Huml, le Concours international de jeunes chefs d’orchestre Lovro von Matačić, le Concours international de violoncelle Antonio Janigro, et le Concours international de piano de l’EPTA Svetislav Stančić.

Les Solistes de Zagreb en concert en 1954 aux Jeux d’été de Dubrovnik, festival international de théâtre et de musique. Outre celui de Dubrovnik, plusieurs autres festivals jouissent d’une solide réputation, tel le Festival d’été de Split, les Soirées musicales de Saint-Donat à Zadar, les Soirées baroques de Varaždin ou encore le Festival de musique croate de Vienne.
Ivo Pogorelić (né en 1958) brille par le style très personnel de son interprétation du répertoire pianistique standard
2Cellos. Luka Šulić (né en 1987) et Stjepan Hauser (né en 1986), violoncellistes, ont acquis la célébrité avec leurs arrangements de mélodies rock et pop

Les orchestres croates les plus prestigieux sont la Philharmonie de Zagreb ainsi que l’Orchestre symphonique (les Symphonistes de Zagreb), le Chœur, l’Orchestre de tambura et le Big Band de la Radio-télévision croate. Quant aux orchestres de chambre auréolés d’une renommée mondiale, on retiendra le Quatuor de Zagreb et les Solistes de Zagreb.

Les opérettes croates les plus populaires sont La Petite Floramye (1925) et l’Aquarelle de Split (1928) d’Ivo Tijardović, mais le premier opéra-rock croate, Gubec-beg (1975) d’Ivica Krajač, Karlo Metikoš et Miljenko Prohaska, a également été couronné d’un succès retentissant (se classant cinquième au monde). Yalta, Yalta (1971) d’Alfi Kabiljo et Milan Grgić est la plus marquante réalisation de l’illustre école zagreboise de music-hall. La musique jazz connaîtra dans les années 1960 un succès planétaire avec The Zagreb Jazz Quartet dont le fondateur Boško Petrović était l’un des membres, au côté du musicien universel Miljenko Prohaska (Intima). Le Festival international Zagreb Jazz Fair a exercé dans les années 1980 et 1990 une forte influence sur les jeunes générations, aussi la scène du jazz croate est-elle aujourd’hui encore bien vivante.

Ivo Robić (1923-2000), chanteur et compositeur de musique de variété
Le vibraphoniste Boško Petrović (1935-2011), légende du jazz croate, en compagnie du célèbre vibraphoniste américain Lionel Hampton
Arsen Dedić (né en 1938), poète, auteur-compositeur et interprète de chansons à texte, avec son homologue et ami italien Sergio Endrigo, originaire de Pula

La musique populaire a connu plusieurs périodes fastes, depuis les premières mélodies légères des années 1920 et 1930 (Vlaho Paljetak), suivies au milieu du xxe siècle par les succès de la vedette Ivo Robić, auquel sa réussite en Allemagne valut le surnom de « Mr Morgen » ; au début des années 1960, les mélodies de l’école de chanson de Zagreb font la renommée des chansonniers Arsen Dedić, Hrvoje Hegedušić et Zvonko Špišić ; enfin, le groupe Riva remporte la victoire (avec la chanson Rock Me) au concours Eurovision de la chanson, à Lausanne en 1989.

Le chanteur et compositeur Karlo Metikoš, connu à l’étranger sous le pseudonyme de Matt Collins (Rhythm Of The Rain, En écoutant la pluie), et les groupes Parni valjak et Prljavo kazalište, remarquables par leur longévité, contribuent à la renommée du rock croate de par le monde.